On l’oublie parfois, les Gaulois, avant d’être soumis par Jules César en 50 av. J.-C., ont mis à sac la ville de Rome en 390 av. J.-C. Cette défaite traumatisante pour les Romains a mis en évidence la faiblesse de l’organisation de leur armée, héritée du modèle grecque en phalange et peu adaptée aux terrains accidentés. Les Romains abandonnent alors ce modèle pour un modèle plus souple décomposé en manipules et petites unités – les contubernium, souvent décrit comme des « phalanges articulées ».

Un peu de mathématiques

Le schéma ci-dessous vous aidera à vous y retrouver… L’organisation et les effectifs des légions romaines ont variés dans le temps, ceux donnés ici correspondent à ceux d’une légion de l’époque des guerres puniques.

Structure d'une légion romaine

Une légion compte dix cohortes, la première (celle à gauche dans le schéma) regroupe seulement cinq centuries de cent soixante hommes. Elle forme l’élite de la légion. Les neuf autres cohortes comptent six centuries de quatre-vingt hommes. Sachant que l’unité de base est le contubernium de huit hommes, une légion comprend donc 640 contubernia, soit 5 120 légionnaires.

Et l’agilité dans tout ça ?

Constatons d’abord que les Romains ont découpé leur phalanges des débuts en unités plus petites et plus souples notamment en terrains accidentés, appliquant en cela une des pratiques bien connues de l’agilité : l’art du découpage !

Le contubernium est donc l’aboutissement de ce raisonnement et la composante la plus élémentaire de la légion sous forme d’un petit groupe ayant des intérêts communs tout en étant relativement autonome du reste de la troupe : les huit soldats d’un contubernium se partagent une tente, un équipement de cuisine, un ensemble d’outils et une mule. Ils sont punis collectivement si l’un d’eux se comporte mal.

Nous retrouvons là une autre pratique de l’agilité : s’appuyer sur de petites équipes autonomes ayant un objectif commun.

La conquête de la Gaule par Jules César : agile ?

Quelqu’un d’autre a déjà étudié en détail la question : Adrian Pyne. Je vais donc me contenter de résumer partiellement son étude de cas. Adrian Pyne est passionné d’histoire – et d’agilité. Il a utilisé la conquête de la Gaule pour expliquer comment César avait compris la nécessité d’être agile, flexible et d’adapter sa tactique aux circonstances, notamment le terrain. Il a ainsi construit une culture basée sur un fort leadership qui s’appuyait sur des équipes auto-organisées à plusieurs niveaux ayant délégation pour atteindre l’objectif global : les légions, les cohortes, les centuries et les contubernium, chacune avec son leader. Ça ne vous rappelle rien ?

Sources :

  • https ://fr.wikipedia.org/wiki/Contubernium
  • https ://fr.wikipedia.org/wiki/Manipule_romain
  • https ://fr.wikipedia.org/wiki/L %C3 %A9gion_romaine
  • https ://leg8.fr/armee-romaine/contubernium
  • https ://agilepainrelief.com/notesfromatooluser/2016/10/choosing-the-team-size-in-scrum.html
  • https ://www.linkedin.com/pulse/julius-caesar-agile-adrian-pyne/ (malheureusement l’article original d’Adrian Pyne n’est plus en ligne)

A propos de cette série d’articles sur l’histoire de l’agilité

Au travers de cette série d’articles, j’explore une approche différente de l’histoire de l’agilité. Pour beaucoup d’entre nous, l’agilité, c’est avant tout les quatre valeurs et les douze principes du Manifesto. Cependant, le Manifesto est surtout une formulation communément admise de théories et pratiques pré-existantes. L’ordre des articles n’est pas chronologique, il dépend uniquement de l’inspiration du moment et du temps disponible… N’hésitez pas à donner votre avis !

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